I loved it all

I Loved it All 01Au secours ! Un titre en anglais sur ce blog ! Que se passe-t-il ? Non, je ne me suis pas renié mais il me semblait important de citer Jennifer Merendino dans le texte. Les photos de cette belle américaine ont fait le tour du monde, de sites web en couvertures de magazine ou émissions de télévision montrant une sélection d’une belle série de clichés en noir et blanc contrasté dont je vous présente un extrait en fin d’article. Son mari, photographe, raconte ainsi son combat perdu contre le cancer du sein.

Ces photos ne sont pas larmoyantes, loin s’en faut, mais porteuses d’une forte charge émotionnelle qui permet au buzz de se contenter d’un minimum d’information : Le mariage de Jennifer et Angelo à Central Park six mois avant que le cancer de Jennifer ne soit diagnostiqué. Cela suffit à vous mettre dans le secret de ces images qui montrent un combat d’une violence inouïe et une vie qui s’éteint. On pleure un peu sur ce mariage sacrifié et sur le courage d’Angelo qui partage tout ça. Fin de l’histoire ; merci de partager l’article.
Je n’ai pas vu de commentaire évoquant l’exhibitionnisme. Je n’ai lu personne se demandant ce qu’aurait pensé Jennifer de cet étalage. Il est de bon ton de pleurer, alors pleurons. Mais après avoir déshumidifié mes yeux, je me suis demandé si c’était moral et surtout si, à la place d’Angelo, j’aurais fait la même chose. Et sa place, pour autant que je le sache à cette étape, j’en ai occupé une assez similaire, bien que 600 km plus au nord dans un service de pneumologie où la Fibrose-Kystique (Mucoviscidose) guette les derniers souffles et où règnent le même matériel, l’aiguille du port-a-cath, le brancard, les vêtements d’hôpital, la douleur, l’espoir, le vide, le silence et le bonheur quand même.

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Le monde d’Angelo Merendino, c’est – aussi – la photographie. D’abord, son chat s’appelle F/Stop(1). Ça ne s’invente pas. Ensuite, c’est son métier qu’il fait assez bien pour être publié et exposé. L’oeil photographique d’Angelo est non seulement incontestable mais aussi un réflexe professionnel, orienté vers le témoignage. Beaucoup d’images de cette série sont ainsi celles d’un photographe talentueux et formaté par son art qui photographie la femme qu’il aime et avec qui il vit un ménage à trois avec le cancer.

“We are together, we’ll be ok.”

Nous sommes nombreux à embrasser cette vie extraordinaire et peu enviable où l’épreuve resserre les liens, donne un lustre particulier à l’amour dans cette quête de la vie et le maintient de l’étincelle de l’espoir face au combat qu’on ne choisit pas.
C’est ce que raconte le titre d’un livre : “The battle we didn’t choose” (“La bataille que nous n’avions pas choisi”), celui d’Angelo, celui des photos dont je vous parle.

Comment en vient-on à photographier les derniers moments de sa femme pour en faire un livre ? D’abord parce que prendre des photos de la personne que l’on aime est naturel. Il faut aussi savoir que la bataille contre le cancer de Jennifer a été gagnée, mais que le crabe a re-pointé les pinces sous forme de métastases. Angelo et Jennifer se sont alors retrouvés très seuls dans cette rechute face à l’incompréhension et la lassitude de ceux qui les avaient entourés lors de la première lutte. Alors, pour survivre, ils ont eu besoin de communiquer avec leur entourage pour leur faire comprendre leur vie, leurs émotions et leur épreuve.

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Pour Angelo, une image vaut mille mots. Il a levé son appareil et Jennifer a posé. La chronologie des photos dévoile la professionnalisation de l’image, le passage de l’amoureux au mode “photographe”, la volonté de saisir l’ambiance, la douleur, la solitude et les petits bonheurs.
Ainsi qu’il le dit lui-même dans une conférence TEDx du 3 juillet dernier que je vous recommande très fortement : “Si nous ne partageons pas notre expérience avec les autres, comment pourrions nous apprendre, grandir et survivre ?”(2).

Puis un jour, Angelo a posté une image sur son blog. Puis une seconde… Les réactions ont été telles que, début 2011, alors qu’il lui restait un peu moins d’un an à vivre, Jennifer a, elle aussi, ouvert un blog au nom limpide ; “Ma vie avec le cancer du sein”. Elle y a publié une série de billets et photos où s’exprime une belle personne, positive, bienveillante, qui décrit ses espoirs, son quotidien, ses douleurs, pour que les autres sachent, comprennent et trouvent à leur tour le courage d’espérer, un peu comme l’ont fait en leur temps, les billets de ma conjointe sur le forum du CPAFK(3) que lisaient ces femmes Fibro-Kystiques qui rêvaient d’enfant.

“Love every morsel of the people in your life.”

Lorsque Angelo apparaît sur les photos, on ressent leur amour, leur complicité et leur grain de folie saute aux yeux. Lorsqu’il en est absent, il n’en est pourtant pas effacé. L’image est celle du regard qu’il porte sur elle et l’on sait que la beauté est dans l’oeil de celui qui regarde. Ce regard est l’image, il fait l’image. Rarement une série de photos n’a montré avec tant d’acuité que le photographe reste présent derrière l’appareil.
On ressent ses émotions, son regard parfois tendre, parfois stressé, parfois impuissant, parfois quotidien et parfois sibyllin comme ce gros plan sur l’aiguille préparée pour le port-a-cath à la symbolique forte pour qui sait ce qu’il signifie de soins lourds et de longue durée mais aussi l’amélioration du confort à ces moments. L’émotion de chaque cliché est son émotion à lui face à son image à elle, l’émotion qu’il partage avec nous et qui transpire de ces noirs et blanc sobres et intenses.

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Cette série est un cas d’école qui démontre avec force que la photographie est un partage. En ce sens, sa diffusion par tous les moyens possibles est d’une cohérence absolue en même temps qu’une façon de prolonger la vie et le combat de Jennifer en donnant un sens à la fin de sa vie. Je gage que dans les mêmes circonstances, j’aurais sans nul doute eu la même réaction.

Le “I loved it all” qui titre cet article a été prononcé par Jennifer Merendino dans un contexte particulier mais il explique comment on peut vouloir partager ces moments. Parce que c’est notre vie, et que malgré tout, même en y repensant, Angelo, moi-même et bien d’autres, on aura tout aimé de cette vie là.

Il faut avoir beaucoup aimé
Pour pouvoir encore trouver
La force de dire “Merci”.

Michel Conte (Evangéline – 1971)

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(1) La mesure f/ est une mesure d’ouverture de diaphragme en photographie. Chaque pas d’ouverture étant usuellement nommé “stop”. Voir les définitions de f/, stop, diaphragme, sur le glossaire de la photographie de mon autre blog.
(2) “Il we don’t share our experience with each other, how can we learn, grow and survive?”
(3) Comité Provincial des Adultes Fibro-Kystiques : Site web.

Plus d’infos :

Le livre “The Battle We Didn’t Choose” participe, à hauteur de 50% des profits, au financement de l’association “The love you share” co-fondée par Angelo Merendino pour apporter une assistance financière aux femmes atteintes de cancer du sein.

Angelo Merendino : http://angelomerendino.com/
My Wifes Fight With Breast Cancer :
– Site web : http://mywifesfightwithbreastcancer.com/
– Facebook : https://www.facebook.com/pages/My-Wifes-Fight-With-Breast-Cancer/164750166932146


Voici une partie de la série : retrouvez plus de photos sur http://mywifesfightwithbreastcancer.com/

I Loved it All 01
I Loved it All 02
I Loved it All 03
I Loved it All 04
I Loved it All 05
I Loved it All 06
I Loved it All 07
I Loved it All 08
I Loved it All 09
I Loved it All 010
I Loved it All 011
I Loved it All 012
I Loved it All 013
I Loved it All 014
922011 Chemo nurse accessing mediport
9-22-2011 Jen in pain in ER
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I Loved it All 018
I Loved it All 019
I Loved it All 020
11-22-2011 Jen's eyelashes
I Loved it All 022
I Loved it All 023
Empty bed
12-29-2011 Following the hearse to Jen's burial
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7 commentaires

  • J’ai le cœur lourd à la fin de ce billet. Parce que tu as su décrire ce qu’ils ont voulu montrer, démontrer, prouver, parce que l’épreuve traversée t’es injustement familière et parce que tu as la passion et ce dont de la photographie. Tu as su capter des choses sur les clichés que peu pourraient voir. C’est un très beau billet mais d’une triste réalité.
    Incapable de regarder de si prêt les clichés, je t’avoue que je les ai survolé, parce que c’est douloureux et j’avoue que j’évite un peu cette douleur. J’y reviendrais peut être parce que je trouve ce qu’ils ont accompli est magnifique et le magnifique dans une telle épreuve douloureuse est un don donné à très peu d'”élus”.
    Merci pour ce billet
    GeeketteMom Articles récents…Le Père Noël est-il une ordure ?My Profile

    • Merci beaucoup. Chacun trouve ce qu’il veut dans une photographie ; c’est aussi la beauté de la chose, et celles-ci, bien que belles et irradiant l’amour sont tout de même violentes. Rien n’oblige à les regarder, mais peut-être peut-on simplement en retenir la puissance de l’amour, de l’espoir et, enfin (et peut-être surtout), du partage.

  • ça me rappelle bien des souvenirs …
    tantecath Articles récents…Lit à barreaux de poupéeMy Profile

  • Bonsoir
    Merci de ton post. Merci d’avoir partager. Très beau message d’amour dans ces photos et magnifiques photos.
    Ton message, me donne envie de serrer fort les gens que j’aime.
    Bonne soirée

  • Errer au grè des suggestions de billets sur ton blog et tomber sur celui ci qui me bouleverse.
    Le cœur lourd, ces photos sont d’une beauté et d’une puissance hors norme.
    …Pffff chamboulée…
    Merci de ce partage, je n’avais jamais vu passer ces photos.

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